Appels d’offres au prix le plus bas : peut être la meilleure des solutions

Il y a un débat concernant les appels d’offres gouvernementaux pour des services professionnels en technologie de l’information basés sur les prix les plus bas versus basés sur la qualité et le prix.

Certains préconisent que le prix le plus bas n’est pas la solution et qu’il constitue le problème aux résultats observés. Mais dans les faits, il faut prendre suffisamment de recul pour bien analyser les besoins, les modalités d’application et l’encadrement requis pour ce faire.

En effet, le problème n’est pas nécessairement le recours au plus bas prix; il dépend surtout de la qualité de la définition du besoin, des exigences minimales et de la capacité de l’appel d’offres à distinguer un profil réellement compétent d’un profil simplement conforme sur papier et d’avoir la réelle capacité de mettre à profit les services professionnels faisant l’objet des adjudications.

Dans les services professionnels en TI, on peut même soutenir que le prix le plus bas devient très acceptable lorsque la qualité est sécurisée en amont par des exigences obligatoires suffisamment précises et vérifiables avec les modalités de gestion et de fonctionnement.

L’idée centrale

Il faut distinguer deux situations :

1. Un appel d’offres où les exigences sont vagues

→ Le prix le plus bas peut effectivement devenir problématique, parce que des fournisseurs peuvent proposer des ressources très différentes en expérience, en compétence et en capacité réelle.

2. Un appel d’offres où les exigences sont précises, exigeantes et obligatoires

→ Le prix le plus bas peut être tout à fait défendable, puisque le gouvernement a déjà établi un seuil minimal de qualité que tous les soumissionnaires doivent respecter.

Par exemple, pour un chargé de projet TI senior, il ne suffit pas d’écrire « 10 ans d’expérience en gestion de projets ». On peut exiger des éléments beaucoup plus discriminants :

  • Nombre minimal d’années d’expérience pertinente;
  • Nombre minimal de projets comparables réalisés;
  • Expérience dans des environnements gouvernementaux ou de grande organisation;
  • Expérience obligatoire avec certaines technologies ou architectures;
  • Expérience de projets d’une certaine envergure;
  • Expérience dans des contextes de transformation numérique;
  • Maîtrise de méthodologies particulières;
  • Certifications pertinentes lorsque réellement nécessaires;
  • Expérience démontrée dans des responsabilités précises;
  • Références ou réalisations vérifiables.

Plus les exigences sont précises, plus le gouvernement peut utiliser le prix comme critère de départ sans nécessairement sacrifier la qualité.

Le véritable enjeu : la qualité du cahier des charges

C’est ici que votre argument devient particulièrement intéressant.

On pourrait dire que le débat « qualité versus plus bas prix » est parfois mal posé. Dans un appel d’offres professionnel, la qualité devrait d’abord être définie par le donneur d’ouvrage.

Si le gouvernement sait précisément de quelles compétences il a besoin et qu’il les traduit en exigences obligatoires, mesurables et suffisamment élevées, les soumissionnaires qui ne possèdent pas ce niveau de compétence devraient être éliminés avant même la comparaison des prix.

Le prix sert alors principalement à départager les fournisseurs qui répondent déjà au niveau de qualité recherché.

Une nuance importante

Il faut toutefois éviter de dire que « le plus bas prix est toujours la meilleure approche ».

Il serait plus juste de dire : « Le recours au plus bas prix peut être parfaitement approprié lorsque le besoin est suffisamment standardisé et que les exigences obligatoires permettent de garantir un niveau de compétence et de qualité adéquat ».

À l’inverse, pour une mission très complexe — par exemple une transformation organisationnelle majeure, une architecture d’entreprise, une stratégie numérique ou un mandat où l’expertise et l’approche méthodologique peuvent varier considérablement — une formule combinant qualité et prix peut être plus pertinente.

Le plus bas prix n’est pas nécessairement incompatible avec la qualité

Il serait réducteur de conclure que le recours au plus bas prix dans les appels d’offres gouvernementaux pour des services professionnels en technologies de l’information conduit nécessairement à une diminution de la qualité. Le véritable enjeu se situe souvent en amont, dans la façon dont le besoin est défini et traduit dans les exigences de l’appel d’offres.

Lorsqu’un organisme public connaît précisément le profil professionnel dont il a besoin, il peut établir des exigences obligatoires suffisamment précises, exigeantes et vérifiables : nombre d’années d’expérience pertinente, nature et envergure des projets réalisés, connaissance de technologies particulières, expérience dans des environnements comparables, responsabilités exercées, certifications lorsque celles-ci sont pertinentes et autres critères permettant de démontrer concrètement la compétence recherchée.

Dans un tel contexte, les exigences obligatoires constituent en quelque sorte un seuil minimal de qualité. Les fournisseurs qui ne répondent pas à ce seuil sont écartés, alors que ceux qui satisfont aux exigences peuvent ensuite être départagés sur la base du prix. Le plus bas prix ne signifie donc pas nécessairement « la moins bonne ressource »; il peut simplement signifier « le fournisseur qui offre le prix le plus avantageux parmi ceux qui répondent aux exigences minimales établies par l’organisme ».

Cette distinction est importante. Si les exigences sont trop générales — par exemple « chargé de projet senior ayant plusieurs années d’expérience » — il devient effectivement difficile de s’assurer que les ressources proposées possèdent un niveau de compétence comparable. Le prix risque alors de devenir le principal facteur de différenciation, au détriment de la qualité réelle.

À l’inverse, un appel d’offres bien construit peut préciser les compétences recherchées de manière suffisamment détaillée pour réduire considérablement cette variabilité. Le gouvernement peut alors faire jouer la concurrence sur le prix tout en maintenant un niveau de qualité minimal acceptable.

Ainsi, le débat ne devrait peut-être pas être formulé simplement comme une opposition entre « qualité » et « plus bas prix ». La question fondamentale est plutôt celle-ci : « les exigences de l’appel d’offres sont-elles suffisamment précises et pertinentes pour garantir la qualité recherchée avant même que le prix soit considéré ? ».

Lorsque la réponse est oui, le plus bas prix peut constituer un mécanisme d’achat tout à fait raisonnable et transparent. Lorsque la réponse est non, le problème ne réside pas nécessairement dans le principe du plus bas prix, mais plutôt dans la définition insuffisante du besoin et dans la capacité de l’appel d’offres à distinguer adéquatement les niveaux de compétence des ressources proposées.

En conclusion

Dans les services professionnels en TI, une bonne stratégie d’approvisionnement devrait donc commencer par une question fondamentale : « quel niveau minimal d’expertise le gouvernement doit-il absolument obtenir pour réussir son mandat ? ». Une fois ce niveau clairement défini et traduit en exigences obligatoires mesurables, le choix du fournisseur sur la base du prix peut devenir beaucoup plus défendable.

En somme, le prix ne devrait pas servir à définir la qualité; c’est l’appel d’offres qui doit d’abord définir la qualité attendue. Le prix peut ensuite servir à départager les offres qui respectent ce niveau de qualité.

Dans les appels d’offres gouvernementaux en TI, le débat ne devrait pas opposer systématiquement le plus bas prix à la qualité. Le véritable enjeu est de savoir si l’organisme public a suffisamment bien défini la qualité minimale recherchée. Lorsque les exigences obligatoires sont précises, mesurables, pertinentes et suffisamment exigeantes pour éliminer les profils inadéquats, le plus bas prix peut constituer un mécanisme d’adjudication cohérent : le prix départage alors les fournisseurs qui ont déjà démontré qu’ils satisfaisaient au niveau de qualité requis. Le cadre québécois reconnaît d’ailleurs explicitement cette possibilité pour les contrats en technologies de l’information.

Références bibliographiques

  • Gouvernement du Québec. (2026). Règles d’adjudication pour les contrats gouvernementaux. Secrétariat du Conseil du trésor.
  • Gouvernement du Québec. (2026). Répondre à un appel d’offres. Gouvernement du Québec.
  • Gouvernement du Québec. Règlement sur certains contrats de services des organismes publics, RLRQ, c. C-65.1, r. 4. Notamment les dispositions relatives à l’évaluation de la qualité et à l’adjudication selon le prix le plus bas.
  • Services publics et Approvisionnement Canada. (2026). Assessor guidance — Bid solicitation preparation: Centralized Professional Services System. Gouvernement du Canada.
  • Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Recommendation of the Council on Fighting Bid Rigging in Public Procurement. OCDE.
  • OCDE. (2022). Unlocking the Strategic Use of Public Procurement in Bratislava, Slovak Republic. OECD Publishing.

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Auteur :

Jean Bernier, M.Sc., Adm.A., FCMC est un stratège en développement des affaires et des transformations organisationnelles et technologiques

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